Difficultés

Vivre la citoyenneté à l’école est loin d’être une chose naturelle ou facile. Comme Bruno Derbaix l’explique dans son ouvrage (Pour une école citoyenne), les établissements scolaires sont naturellement rétifs aux logiques citoyennes proposées dans ces pages.

Pour mieux comprendre les grandes difficultés rencontrées dans quasi toutes les établissements du MIEC, tu trouveras dans cette rubrique de plus amples explications. Ces difficultés sont des contraintes pour le travail des équipes. Elles sont aussi des « leviers » d’efficacité. Plus las acteurs parviennent à les surmonter, plus ils sont efficaces.

difficultés
où quand sans visage

Trouver des espaces et du temps

La première difficulté rencontrées par les écoles citoyennes consiste à trouver des espaces et du temps pour les différents moments proposés par le dispositif et pour les différents projets qui en émergent. Il n’est pas suffisant de « proposer de réunir les acteurs » par exemple. Il est indispensable d’avoir un moment et du temps pour y parvenir. Il est naïf de vouloir construire un conseil d’école si on n’as pas de lieu ni de moments qui permettent aux différents membres de ce conseil d’être effectivement en présence. Or, parce que le quotidien des écoles a été découpé en semaines de travail, en heures de cours, en locaux-classes…, il est en fait concrètement très difficile de trouver ces espaces temps qui sont la condition de possibilité de la citoyenneté activement déployée.

Communiquer

La seconde grande difficulté est celle consistant à bien communiquer. Cela vient du fait que les personnes sont séparées dans des heures de cours, des locaux, des bâtiments, des horaires différents. Il est par conséquent très difficile de passer une information à tout le monde en même temps. Pour communiquer vers les enseignants, il y a la salle des profs, mais tous n’y sont pas en même temps. Il y a les casiers, mais tous ne les relèvent pas régulièrement. Il y a les mails, mais de nouveau, si certains les lisent, d’autres pas forcément et d’autres encore n’en ont toujours pas. Il y a les valves, mais là aussi le nombre de personnes qui les lisent est très relatif. Bref, communiquer avec les professeurs n’est pas chose aisée, et cela demande beaucoup d’efforts vu le nombre de canaux de communication à utiliser parallèlement.

communiquer sans visage

Le problème est similaire avec les élèves, voire encore plus compliqué. Passer dans les classes est une bonne option, mais elle est lourde car elle « dérange » beaucoup de cours (irritant donc les professeurs) et prend beaucoup de temps à ceux qui portent l’info. On peut aussi se diviser la tâche, ou demander aux éducateurs de passer l’information. Cela peut également être efficace, mais nécessite des moments de réunions avec les personnes concernées pour qu’elles-mêmes maîtrisent bien ce qu’il y a à communiquer et que ce soit fait avec conviction. Il y a ensuite les mails, mais il est très difficile de récolter ceux des élèves qui en outre changent souvent d’adresse. Il y a les valves mais, encore plus que les professeurs, les élèves ont du mal à prendre l’habitude de les lire. Il y a enfin la revue, le site Internet ou la page Facebook, mais de nouveau les impacts de ces trois outils ne seront que partiels par rapport aux élèves. En d’autres termes, la bonne communication dans une école, c’est compliqué. Et, lorsque c’est bien fait, ça prend énormément de temps.

Ce défi de la communication est lié à notre première difficulté : celle des espaces-temps. Ce qui fait que la communication est compliquée tient en effet à l’absence de moments réellement collectifs dans l’école. C’est aussi pour cette raison que, lorsqu’une école citoyenne fonctionne bien, l’action collective se tourne automatiquement vers l’amélioration de la communication, et donc vers les techniques journalistiques.

changement culture sans visage

Changer la culture des acteurs

La troisième difficulté est de changer la culture des acteurs de l’école. Pour les élèves, la citoyenneté à l’école ne va en effet pas forcément de soi. Que ce soit sous la forme de l’individualisme consumériste exacerbé ou sous celle de la tradition autoritaire, leurs familles ne les forment pas forcément à la discussion citoyenne ou à l’engagement solidaire. Pour la plupart des jeunes, il y a une véritable appropriation de la citoyenneté à accompagner. C’est un défi et il passe par l’apprentissage de comportements comme le vote responsable, la communication avec ses délégués, la connaissance des responsabilités dans l’école et des bonnes personnes à interpeller… Changer la culture des élèves est donc un challenge. Et plus cette culture évoluera, plus l’efficacité du système s’en ressentira. Plus les élèves s’impliqueront dans la défense de la loi, la gestion du respect et les projets citoyens, plus ils en seront les acteurs et les moteurs, plus l’école citoyenne aura un impact sur le climat général de l’école.

En plus de la culture des jeunes, il n’est ensuite pas évident de « changer la culture des profs ». Cette seconde difficulté est d’ailleurs double. D’une part en effet changer la culture des adultes n’est pas la mission de leurs collègues, d’autre part cette dernière est bien plus ancrée que celle des élèves. Elle est souvent façonnée par des années de pratique, et pour cette raison même difficile à faire évoluer.

Lors que l’on parle de changer la culture des profs et éducateurs, on parle évidemment de ceux qui seront naturellement réticents au projet, qui s’y opposeront passivement, voire qui lui mettront des « battons dans les roues ». C’est la raison pour laquelle lancer une école citoyenne ne peut se faire sans l’aval d’une majorité des travailleurs de l’école. Autrement la résistance culturelle (et parfois les offensives) des opposants aura raison du projet. Mais cette évolution n’est pas non plus évidente pour les partisans, voire pour les personnes porteuses du projet. L’école citoyenne suppose en effet d’avoir des réflexes que l’on n’avait pas forcément auparavant. Prendre le temps de discuter avec les jeunes là où ce n’est pas toujours facile, accepter de parler de la manière dont on a agi devant un collectif dont certains sont des élèves, solliciter l’aide de ces derniers pour sortir de situations difficiles, éviter le recours à la punition collective, séparer ce qui relève de la Loi (respecter les autres) et ce qui relève du « job d’élève », accepter d’écouter l’avis des jeunes même pour les problèmes importants… nombreux sont les comportements supposés par le projet et qui ne vont pas de soi dans les habitudes des enseignants. Pour chacun de ces comportements, il y a à la fois à en comprendre le sens, mais aussi à en apprendre des stratégies pratiques d’application. Contribuer à cette évolution culturelle des membres du personnel n’est pas évident. Cela demande souvent un accompagnement extérieur, notamment dans les phases d’évaluation et d’adaptation du projet. Mais ce défi est bien évidemment crucial pour l’efficacité générale du projet.

Apprendre à travailler en équipe

Ce dernier groupe de difficultés est d’une certaine manière un résumé des précédentes. C’est parce que, dans l’école, les profs et autres acteurs ont toujours été habitués à travailler chacun dans leur coin qu’il leur est en fait difficile de trouver des espaces et du temps pour le faire, qu’il leur est difficile de bien communiquer et qu’il leur est difficile de changer leurs habitudes. D’une certaine manière, les établissement scolaires ont été construits comme des assemblages d’indépendants travaillant chacun dans sa zone. Dans ce contexte, l’enjeu central apparaît tout simplement comme celui d’apprendre à faire ensemble, d’apprendre à voir dans l’autre une opportunité d’association et d’action.

coopération sans visages